Les lys me semblent noirs, le miel aigre à outrance
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Les lys me semblent noirs, le miel aigre à outrance,
Les rozes sentir mal, les œillets sans couleur,
Les mirthes, les lauriers ont perdu leur verdeur,
Le dormir m’est fascheux & long en votre absence.
Mais les lys fussent blancs, le miel doux, & je pense
Que la roze & l’œillet ne fussent sans honneur,
Les mirthes, les lauriers fussent verds du labeur,
J’eusse aymé le dormir avecq’ vostre presence.
Que si loin de vos yeux à regret m’absentant,
Le corps endurait seul, estant l’esprit content :
Laissons le lys, le miel, rozes, œilletz desplaire,
Les myrthes, les lauriers des le printemps fletrir,
Me nuire le repos, me nuire le dormir.
Et que tout, hormis vous, me puisse estre contraire.