Quand du sort inhumain les tenailles flambantes
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Quand du sort inhumain les tenailles flambantes
Du milieu de mon corps tirent cruellement
Mon cœur qui bat encor & pousse obstinement,
Abandonnant le corps, ses pleintes impuissantes,
Que je sen’ de douleurs, de peines violentes !
Mon corps demeure sec, abbatu de torment
Et le cœur qu’on m’arrache est de mon sentiment.
Ces partz meurent en moy, l’une de l’autre absentes,
Tous mes sens esperduz souffrent de ses rigueurs,
Et tous esgalement portent de ses malheurs
L’infiny qu’on ne peut pour departir esteindre,
Car l’amour est un feu & le feu divisé
En mille & mille corps ne peut estre espuisé,
Et pour estre party, chasque part n’en est moindre.