Fortune n’eust jamais tant d’inconstance

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Fortune n’eust jamais tant d’inconstance, Tant de malheur, de prompt evenement Que j’ay de peur, de peine, de tourment, En apprenant que c’est qu’obeissance ; Je suis fascheux aimant vostre présence, Trop grand Seigneur la fuyant sagement, Je ne sçeus oncq’une fois seulement En vous servant me donner patience, Estant hardy, je suis fol, hazardeux, Si je suis sage, on m’appelle paoureux. Voyez comment il seroit difficile De donner loy à la fureur des ventz : J’ay fait naufrage aux rages d’une Scylle. Fuyant Caribde & les scyrthes mouvantz.