Ores qu’on voit le ciel en cent milles bouchons
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Ores qu’on voit le ciel en cent milles bouchons
Cracheter sur la terre une blanche dragee,
Et que du gris hyver la perruque chargee
Enfarine les champs de neige & de glaçons,
Je veux garder la chambre, & en mille façons
Meurtrir de coups plombez ma poictrine outragee,
Rendre de moy sans tort ma Diane vengee,
Crier mercy sans faute en ses tristes chansons.
La nuë face effort de se crever, si ay-je
Beaucoup plus de tormentz qu’elle de brins de neige,
Combien que quelquefois ma peine continue
Des yeux de ma beauté sente l'embrassement,
La neige aux chauds rayons du soleil diminue,
Aux feux de mes soleils j’empire mon torment.