Si je pouvoy’ porter dedans le sein, Madame

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Si je pouvoy’ porter dedans le sein, Madame, Avec mon amitié celle que j’ayme aussi, Je ne me plongeroy’ au curieux soucy Qui devore mes sens d’une amoureuse flamme. Doncques pour arrester l’aiguillon qui m’entame, Donnez moy ce pourtraict, où je puisse transy Effacer vostre teint d’un désir endurci, Devorant vos beautés de la faim de mon ame, Mourir comme mourut Laodamie, allors Que de son ami mort elle embrassa le corps, De ses ardents regretz rechauffant cette glace, Mourir, vous contemplant, de joye & de langueur. J’ay bien dessus mon cœur portraicte vostre face De la main de l’amour, mais vous avez mon cœur.