Il te doit souvenir Diane, en mon absence

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Il te doit souvenir Diane, en mon absence Des marques que ta gorge, & ton bras, & ta main Portent pour tesmoigner que le sort inhumain A grand tort me priva du jour de ta presence, Car Nature avoit mis fort peu de difference En ce que nous avons d’apparent & d’humain, En cinq marques encor que tu sçais, mais en vain Eust elle de nous deux si chere souvenance ; Mon bras gauche est marqué de mesme que le tien, Ma main est differente à la tiene de rien, Si que, hors la blancheur, quand elles sont ensemble Nous les mescognoissons : nous avons, toy & moy, Encor trois seings pareils : Mais quel malheur pourquoy A mon vouloir bruslant ton vouloir ne ressemble !