Pour faire les tesmoins de ma perte les bois
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Pour faire les tesmoins de ma perte les bois
Et les lieux esgarez, pour contraindre les pleines
Et les rocz endurcis & les claires fontaines
A donner les accentz d’une seconde voix,
Pour faire les eschos respondre par sept fois
A ses cris esclatans qui sortent de mes gennes,
En redoublant mes cris je redouble mes peines,
Je ralume le mal qu’amorty je pensoys.
Mon malheur n’est pas tel que je le puisse feindre,
Il se monstre soy mesme, & il sçait bien se pleindre
Quand je le veux cacher soubz la clef d’un bon cœur.
J’appelle lascheté trop longue patience :
Vrayment taire son mal est signe de constance,
Mais c’est la marque aussi d’une foible douleur.