Si cest œil foudroyant qui m’a tant desdaigné

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Si cest œil foudroyant qui m’a tant desdaigné N’a peu voir en mon front la poltronne inconstance, N’ay-je point merité en juste recompense D’estre aussi prés admis que je suis esloigné ? Pense, injuste beauté, si tu m’avois donné Seulement par essay un traict de bienveillance, A quel effort d’amour croistroit ma patience ! De quel brasier mon cœur serait environné, Voyant luire aux beaux jours d’une face nouvelle Un favorable ris pour un despit rebelle ; Juge quelles seroyent mes ardentes fureurs, Si la main qui me pousse apprenoit à m’attraire, Si tes amers refus estoyent douces faveurs, Comme on juge le bien à l’esgard du contraire !