Ceux qui n’ont à compter que leurs feinctes douleurs
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Ceux qui n’ont à compter que leurs feinctes douleurs,
L’emmielle, le venin du quel ilz empoisonnent,
Que le mal contrefaict qu’eux mesmes ilz se donnent,
Pour chatoüiller leurs sens de mignardes rigueurs,
Si ces adeloizis eussent fondé leurs pleurs
Sur les justes courroux qui mon ame environnent,
Les souspirs inconstans qui de leur sein frissonnent
Ne seroyent feincts, non plus que feinctes leurs douleurs.
Mais quoy ! de mesmes pleurs leur triste face est teincte
Et mesmes signes ont l’amour vray, & la feincte.
Que ne puis-je arracher, monstrer mon cœur au jour ?
Que ne fit Jupiter au sein une ouverture ?
Las ! faut-il que le temps prouve ce que j’endure,
Et que le pis d’aimer soit la preuve d’amour ?