Ronsard, si tu as sçeu par tout le monde espandre

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Ronsard, si tu as sçeu par tout le monde espandre L’amitié, la douceur, les grâces, la fierté, Les faveurs, les ennuys, l’aise & la cruauté, Et les chastes amours de toy & ta Cassandre : Je ne veux à l’envy, pour sa niepce entreprendre D’en rechanter autant comme tu as chanté, Mais je veux comparer à beauté la beauté, Et mes feux à tes feux, & ma cendre à ta cendre. Je sçay que je ne puis dire si doctement, Je quitte le sçavoir, je brave l’argument Qui de l’escript augmente ou affoiblit la grâce. Je sers l’aube qui nait, toi le soir mutiné, Lorsque de l’Océan l’adultère obstiné Jamais ne veut tourner à l’Orient sa face.