J’estoy au grand chemin qui meine les amantz

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

J’estoy au grand chemin qui meine les amantz Au jardin de Cipris cueillir la jouissance Des fruictz à demi meurs, d’aigreur, d’impatience, Et usoy’ en ce trac mon espoir & mes ans. Ce chemin est fascheux, plein de sables mouvantz, D’espines, de rochers, & la tendrette enfance, D’un million de fleurs qu’un pré mignard ageance Montre à gauche un sentier qui pippe les passantz. Je laisse pour l’aisé, le fascheux & l’utile, Je pren’ le mal trompeur pour le bien difficile, Mais plus je vay’ avant, je m’engage tousjours Emprisonné des eaux, des fossez & des hayes, Là j’apprins pour l’espoir à devorer les playes Et qu’en beuvant l’amer on mérite le doux.