Dans le parc de Thaly j’ay dressé deux plansons

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Dans le parc de Thaly j’ay dressé deux plansons Sur qui le temps faucheur ny l’ennuyeuse estorse Des filles de la Nuict jamais n’aura de force, Et non plus que mes vers n’esteindra leurs renoms. J’ay engravé dessus deux chiffres nourrissons D’une ferme union qui avec leur ecorce Prend croissance & vigueur, & avecqu’eux s’efforce D’acroistre l’amitié comme croissent les noms ; Croissez, arbres heureux, arbres en qui j’ay mis Ces noms & mon ferment, & mon amour promis. Auprès de mon ferment je metz ceste prière : « Vous Nymphes qui mouillez leurs pieds si doucement, Accroissez ses rameaux comme croist ma misere, Faites croistre ses noms ainsi que mon tourment. »