Que voy-je ? une blancheur à qui la neige est noire

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Que voy-je ? une blancheur à qui la neige est noire, Des yeux ravis en soy, de soy mesme esblouis, Des oilletz à l’envy des lys espanouis, Des doigts qui prennent lustre à ces marches d’hyvoire, Mais qu’est-ce qu’en oyant encor ne puis-je croire, Un cœleste concert, les orbes esjouis, Qui me vole à moy mesme & pille esvanouïs L’ame, le cœur, l’esprit, les sens, & la memoire. Qui pourroit vous ouir, si belle vous voyant ? Et qui vous pourroit voir si douce vous oyant ? O difficile choix de si hautes merveilles ! Mon coeur s’envole à vous, tout flame & tout desir, Certain de me quitter, incertain de choisir, Le passage des yeux, ou celuy des oreilles !