Ouy, mais ainsi qu’on voit en la guerre civile

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Ouy, mais ainsi qu’on voit en la guerre civile Les débats les plus grands du faible & du vainqueur De leur doubteux combat laisser tout le malheur Au corps mort du pais, aux cendres d’une ville. Je fuis le champ sanglant où la fureur hostile Vomit le meurtre rouge, & la scytique horreur Qui saccage le sang, richesse de mon cœur, Et en se débattant font leur terre stérile. Amour, Fortune, helas ! appaisez tant de traicts, Et touchez dans la main d’une amiable paix : Je fuis celuy pour qui vous faictes tant la guerre. Assiste, Amour, tousjours à mon cruel tourment ! Fortune, appaise toy d’un heureux changement, Ou vous n’aurez bientost ny dispute, ny terre.