Je desploroy’ le sort d’une branche orpheline

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Je desploroy’ le sort d’une branche orpheline D’un saulle my-mangé que la rustique main Faisoit servir d’appuy à un sep inhumain Ingrat de ce qui l’ha preservé de ruyne. La mort proche l’asseche, & du sep la racine Luy oste la substance encor, il pousse en vain Les cyons malheureux qu’un trop chaud lendemain Ou un bize trenchant en un coup extermine. Las ! je t’immortalise, & te deffends du port De l’oubly tenebreux, tu me donnes la mort, Faisant fener, mourir ma tendrette esperance : Quand sans espoir j’espere une fin à mes pleurs, Tu me meurtris, ingratte, au jour de ma naissance, Des ventz de mes souspirs, des feux de mes douleurs.