Je brusle avecq’ mon ame & mon sang rougissant

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Je brusle avecq’ mon ame & mon sang rougissant Cent amoureux sonnetz donnez pour mon martire, Si peu de mes langueurs qu’il m’est permis d’escrire, Souspirant un hecate, & mon mal gemissant. Pour ces justes raisons j’ai observé les cent : A moins de cent taureaux on ne fait cesser l'ire De Diane en courroux, & Diane retire Cent ans hors de l'enfer les corps sans monument. Mais quoy ? puis-je cognoistre au creux de mes hosties, A leurs boyaux fumans, à leurs rouges parties Ou l'ire, ou la pitié de ma divinité ? Ma vie est à sa vie, & mon ame à la siene, Mon cœur souffre en son cœur : la Tauroscytiene Eust son desir de sang de mon sang contenté.