Si ceux là sont damnez qui, privez d’esperance
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Si ceux là sont damnez qui, privez d’esperance,
Sur leur acier sanglant vaincus se laissent choir,
Si c’est damnation tomber en desespoir,
Si s’enferrer soy mesme est une impatience,
N’est-ce pas se damner contre sa conscience,
Avoir soif de poison, fonder tout son espoir
Sur un sable mouvant ? hé ! où peut il avoir
Pire damnation, ny plus aigre sentence ?
Un mesprisé peut il craindre son dernier jour ?
Qui craint Minos pour juge aprés l’injuste amour ?
Desdaigné que je suis, comment pourroy-je craindre
Une roche, un Caucase, un autour outrageux,
Au prix de mes tormentz ? Je meurs pour avoir mieux,
Puisque de deux malheurs il faut choisir le moindre.