Un povre serf bruslant d’un tel feu que le mien
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Un povre serf bruslant d’un tel feu que le mien,
Longtemps humilié, discourant à sa dame
Son amour, sa constance & sa volante flamme
Eut pour response enfin qu’elle n’en croyait rien.
Un’ autrefois louant sa grace, son maintien,
Ses vertus, sa beauté qui le tue & l’enflamme,
Son corps digne des Cieux, la prison de son ame,
Elle dit : « Taisez-vous ; car je le cognoy bien. »
Ha ! dame, qui n'es moins stupide qu’orgueilleuze,
Deceuë que trompant, fiere que desdaigneuze,
II faloit, pour respondre au vray & sagement,
Mettre au premier discours ta response derniere,
Garder à tes bautez l’ignorance premiere,
Et tu eusses cogneu ta faute & mon torment.