Le jardinier curieux de ses fleurs

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Le jardinier curieux de ses fleurs, De jour en jour beant leur accroissance, Ardent les voit, & les espie, & pense Qu’elles ont trop encoffré leurs couleurs ; Mais lorsqu’au lict il endort ses labeurs, Son jardin fait, ce semble, en son absence Plus de profit que quand par sa presence Il amusoit des herbes les rigueurs ; J’en suis ainsi m’esloignant de mon feu : Je l’ai trouvé en mon repos accreu. Comme il est né s’accroissant de paresse Sans moy, sur moy il monstre ses efforts, Il me poursuit lors que je le delaisse, C’est un malheur qui veille quand je dors.