Au tribunal d’amour, appres mon dernier jour

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Au tribunal d’amour, appres mon dernier jour, Mon cœur sera porté diffamé de bruslures, Il sera exposé, on verra ses blessures, Pour congnoistre qui fit un si estrange tour, A la face & aux yeux de la céleste Cour Où se prennent les mains innocentes ou pures ; Il seignera sur toy, & compleignant d’injures Il demandra justice au juge aveugle Amour : Tu diras : C’est Venus qui l'a fait par ses ruses, Ou bien Amour, son filz : en vain telles excuses ! N’accuse point Venus de ses mortels brandons, Car tu les as fournis de mesches & flammesches, Et pour les coups de traict qu'on donne aux Cupidons Tes yeux en sont les arcs, & tes regards les flesches.