Accourez au secours à ma mort violente
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Accourez au secours à ma mort violente,
Amans, nochers experts en la peine où je suis,
Vous qui avez suivi la route que je suis
Et d’amour esprouvé les flots & la tourmente.
Le pilote qui voit une nef perissante,
En l’amoureuse mer remarquant les ennuis
Qu’autrefois il risqua, tremble & luy est advis
Que d’une telle fin il ne pert que l’attente.
Ne venez point ici en espoir de pillage ;
Vous ne pouvez tirer profit de mon naufrage :
Je n’ay que des souspirs, de l’espoir, & des pleurs.
Pour avoir mes souspirs les vents lèvent les armes,
Pour l’air sont mes espoirs volagers & menteurs,
La mer me fait perir pour s’enfler de mes larmes.