Si vous voyiez mon cœur ainsi que mon visage

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Si vous voyiez mon cœur ainsi que mon visage, Vous le verriez sanglant, transpercé mille fois. Tout bruslé, crevassé, vous seriez sans ma voix Forcee à me pleurer, & briser vostre rage. Si ces maux n’appaisoyent encor’ vostre courage, Vous feriez, ma Diane, ainsi comme nos Rois. Voyant vostre pourtraict souffrir les mesmes loix Que fait vostre subject qui porte vostre image : Vous ne jettez brandon, ne dard, ne coup, ne traict, Qui n’ait avant mon cœur percé vostre pourtraict. C’est ainsi qu’on a veu en la guerre civile Le Prince foudroyant d’un outrageux canon La place qui portoit ses armes & son nom, Destruire son honneur pour ruiner sa ville.