J’avoy’ juré ma mort & de mes tristes jours

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

J’avoy’ juré ma mort & de mes tristes jours La desirable fin, lorsque de ta presence Je me verroy’ banny. Sus donc, Aubigné, pense A te priver du jour, banny de tes amours ! Mais mourir c’est trop peu, je veux languir tousjours, Boire & succer le fiel, vivre d’impatience, M’endormir sur les pleurs de ta meurtriere absence, M’estranger du remede & fuïr mon secours. N’est-ce pas bien mourir, me priver de ma vie ? Je ne vy’ que de toy, je n’ay donc pas envie De vivre en te laissant, encores je me vouë A la plus rude mort qui se puisse esprouver ; C’est ainsi qu’on refuze un coup pour achever Au condamne qui doibt languir sur une rouë.