Ce qui a esgalé aux cheveulx de la terre

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Ce qui a esgalé aux cheveulx de la terre Les tours & les chasteaux qui transpercent les cieux, Ce qui a renversé les palais orgueilleux, Les sceptres indomptez eslevez par la guerre, Ce n’est pas l’ennemy qui un gros camp asserre, Menace & vient de loin redouté, furieux : Ce sont les citoyens, esmeuz, armés contr’eux, Le bourgeois mutiné qui soy mesme s’enferre. Tous mes autres haineux m’attaquans n’avoyent peu Consommer mon espoir, comme font peu à peu Le débat de mes sens, mon courage inutile, Mes souspirs eschauffez, mes desirs insolents, Mes regrets impuissants, mes sanglots violents, Qui font de ma raison une guerre civile.