Diane, ta coustume est de tout deschirer

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Diane, ta coustume est de tout deschirer, Enflammer, desbriser, ruiner, mettre en pièces, Entreprinses, desseins, esperances, finesses, Changeant en desespoir ce qui fait esperer. Tu vois fuir mon heur, mon ardeur empirer, Tu m’asseure du lact, du miel de tes caresses, Tu refondes les coups dont le cœur tu me blesses Et n’as autre plaisir qu’à me faire endurer, Tu fais brusler mes vers lorsque je t’idolastre, Tu leur fais avoir part à mon plus grand desastre : « Va au feu, mon mignon, & non pas à la mort, Tu es esgal à moy, & feras tel par elle, » Diane repen’ toy, pense que tu as tort Donner la mort à ceux qui te font immortelle.