Pourquoy, si vous vouliez à jamais me chasser

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Pourquoy, si vous vouliez à jamais me chasser Du soleil de ma vie & hors de vostre grace, N’avez-vous fait mon cœur changer aussi de place, Puis quand il vous eust pleu fuir & desplacer, Au moins avecq’ l’espoir vous deviez effacer Le souvenir de vous : si je perdoy la trace De mes regretz trenchantz, comme de vostre face, Je feroy par un mal un autre mal cesser. Vous n’estes pitoyable & avez peur de l’estre, Vous fuyez ma raison de peur de la cognoistre. Le juge est impiteux qui bien loin de sa veuë Fait mourir le captif, pour n’en avoir pitié, Et la playe que m’a faicte vostre amitié Est plus forte que l’œil de celle qui me tuë.