Soubz un œil languissant & pleurant à demy
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Soubz un œil languissant & pleurant à demy,
Soubz un humble maintien, soubz une douce face,
Tu cache un faux regard, un esclair de menace,
Un port enorgueilly, un visage ennemi ;
Tu as de la douceur, mais il y a parmy,
Les six parts de poison, dessoubz ta bonne grace
Un desdain outrageux à tous coups trouve place ;
Tu aymes l’adversaire & tu hais ton amy,
Tu fais de l’asseuree & tu vis d’inconstance ;
Ton ris sent le despit : somme ta contenance
Est semblable à la mer qui cache tout ainsi
Soubz un marbre riant les escueils, le desastre,
Les ventz, les flotz, les mortz : ainsi fait la marastre
Qui desguise de miel l’aconite noircy.