Desja la terre avoit avorté la verdure

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Desja la terre avoit avorté la verdure Par les sillons courbez, lorsqu’un fascheux hyver Dissipe les beautéz, & à son arriver S’accorde en s’opposant au vouloir de nature, Car le froid envieux que le bled verd endure, Et la neige qui veut en son sein le couver S’oppose à son plaisir afin de le sauver, Et pour, en le sauvant, luy donner nourriture. Les espoirs de l’amour sont les bleds verdissàntz, Le desdain, les courroux sont frimatz blanchissantz : Comme du temps fascheux s’esclot un plus beau jour, Soubz l’ombre du refus la grâce se reserve, La beauté du printemps soubz le froid se conserve, L’ire des amoureux est reprise d’amour.