Va-t-’en dans le sein de ma mye
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Va-t-’en dans le sein de ma mye,
Sonnet plus mignon, plus heureux
Que ton maistre, & que l’amoureux
Qui aimant, bruslant, ne s’ennuye.
Tu vas, je ne t’en porte envie,
Estre devoré de ses yeux,
Avoir un accueil gracieux
Et je ne la voy’ qu’ennemie :
Elle t’ayme & elle est si belle !
Ne devien’ pas amoureux d’elle,
Ce papier ne peut faire ennuy,
Mais pour le lieu où on le porte,
Je voudroy’ faire en quelque sorte
Un change de moy & de luy.