Je voyoy’ que le ciel aprés tant de chaleurs

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Je voyoy’ que le ciel aprés tant de chaleurs Prodigeoit mille fleurs sur la terre endurcye : Puis je voyoy’ comment sa rigueur amollie Faisoit naistre de là le printemps & les fleurs. J’arrose bien ainsi & trempe de mes pleurs Le sein de ma Deesse, & ma force affaiblie, Mes yeux fonduz en eau, ces breches de ma vie, N’ont attendry ma dame & noyé mes ardeurs. Des neiges, des frimatz, & mesmes des orages La terre esclost son fruict, & ses riches ouvrages Qu’un doux air puis apprés flatte de ses souspirs : Helas ! je souffre bien les ennuieuses guerres Des cieux, des ventz, les froids, les pluyes & les tonnerres, Mais je ne voy’ ni fleurs, ni printemps, ny zephirs !