Est-il donc vray qu’il faut que ma veuë enchantee
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Est-il donc vray qu’il faut que ma veuë enchantee
Allume dans mon sein l’homicide desir
Qui fait haïr ma vie, & pour elle choisir
L'aisé saccagement de ma force domptee ?
Puis-je voir sans pleurer ma raison surmontee
Laisser mon sens captif par la flamme perir ?
Puis-je voir la beauté qui me constraint mourir
Se rire en sa blancheur de moy ensanglantee ?
Je maudy’ les fiertéz, les beautez & les cieux,
Je maudy’ mon vouloir, mon desir, & mes yeux,
Je loueroy’ les beautez, cieux & perseverance,
Si la beauté vouloit animer sa pitié,
Si les cieux inclinoyent sur moy son amitié,
La dure fermeté, si elle estoit constance.