Bien que la guerre soit aspre, fiere & cruelle
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Bien que la guerre soit aspre, fiere & cruelle
Et qu’un doubteux combat desrobbe la douceur,
Que de deux camps meslez l’une & l’autre fureur
Perde son esperance, & puis la renouvelle,
En fin lorsque le champ par les plombs d’une grelle
Fume d’ames en haut, ensanglanté d’horreur,
Le soldat desconfit s’humilie au vainqueur,
Forçant à joinctes mains une rage mortelle.
Je suis porté par terre, & ta douce beauté
Ne me peut faire croire en toy la cruauté
Que je sen’ au frapper de ta force ennemie :
Quand je te cri’ mercy, je me metz à raison,
Tu ne veux me tuer, ne m’oster de prison,
Ny prendre ma rançon, ny me donner la vie.