Sort inique & cruel ! le triste laboureur
Agrippa d’Aubigné
Le Printemps
Sort inique & cruel ! le triste laboureur
Qui s’est arcué le dos à suivre sa charruë,
Qui sans regret semant la semence menuë,
Prodigua de son temps l’inutile sueur,
Car un hyver trop long estouffa son labeur,
Luy desrobbant le ciel par l’espais d’une nuë,
Mille corbeaux pillarts saccagent à sa veuë
L’espic demy pourri, demy sec, demy meur :
Un esté pluvieux, un automne de glace
Font les fleurs, & les fruictz, joncher l'humide place.
A services perdus ! A vous, promesses vaines !
A espoir avorté, inutiles sueurs !
A mon temps consommé en glaces & en pleurs,
Salaire de mon sang, & loyer de mes peines !