Je despite à ce coup ton inique puissance

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Je despite à ce coup ton inique puissance, O nature cruelle à tes propres enfantz, Terre yvre de mon sang, ô astres rougissantz, Bourreaux du ciel injuste, avecq’ leur influence Je n’ay peur d’eschauffer sur mon outrecuidance Vostre aveugle fureur, vos courroux impuissantz. Ils sont sourds, je le sçay, car mes souspirs cuisantz N’ont peu impetrer d’eux une povre audience ; Si en les diffamant je les puis faire ouyr, J’auray en les faschant de quoy me resjouir : Ils entendront de moy tant d’estranges desastres Contraires au destin, contraires à leurs cours, Qu’au lieu d’estre ennemis, j’auray à mon secours La nature, la terre, & le ciel & les astres.