Je vis un jour un soldat terrassé

Agrippa d’Aubigné

Le Printemps

Je vis un jour un soldat terrassé, Blessé à mort de la main ennemie ; Avecq’ le sang l’ame rouge ravie Se debattoit dans le sein transpercé. De mille mortz ce perissant pressé Grinçoit les dents en l’extreme agonie, Nous prioit tous de luy haster la vie : Mort & non mort, vif non vif fut laissé. « Ha, di-je allors, pareille est ma blesseure, Ainsi qu’à luy ma mort est toute seure, Et la beauté quy me contraint mourir Voit bien comment je languy’ à sa veue, Ne voulant pas tuer ceux qu’elle tue; Ny par la mort un mourant secourir. »