Poètes et poétesses

Marceline Desbordes-Valmore

Seule femme que Verlaine ait rangée parmi ses Poètes maudits, Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) monta vingt ans sur les planches avant d'écrire.

Actrice et cantatrice de Douai, l'une des voix les plus tôt venues du lyrisme romantique français, admirée de Balzac, de Sainte-Beuve et de Baudelaire.

Elle naît à Douai le 20 juin 1786, fille d'un peintre d'armoiries que la Révolution laisse sans état et qui finira cabaretier. À quinze ans, elle embarque avec sa mère pour la Guadeloupe, où l'on espère l'aide d'un cousin : la traversée dure vingt-cinq jours, une épidémie de fièvre jaune emporte la mère en mai 1802, et l'adolescente rentre seule. Elle est déjà sur les planches ; elle y restera jusqu'en 1823 — Douai, Lille, Rouen, l'Odéon, l'Opéra-Comique, la Monnaie de Bruxelles.

En 1817, elle épouse le comédien Prosper Lanchantin, dit Valmore, dont elle prend le nom. Sa vie d'écriture se confond avec une suite de deuils : Junie meurt en bas âge, Inès à vingt et un ans en 1846, Ondine à trente et un ans en 1853 — Ondine que l'on tient pour la fille d'Henri de Latouche, l'homme dont la mémoire traverse toute l'œuvre. Seul son fils Hippolyte lui survivra.

Ce qui se lit chez elle n'a guère d'équivalent dans le romantisme français : une langue parlée, presque sans apprêt, qui dit la perte au présent et sans emphase. Verlaine la tient pour la seule femme de génie de son siècle et l'ajoute en 1888 à la deuxième édition des Poètes maudits, où elle rejoint Corbière, Rimbaud et Mallarmé ; il lui attribue l'usage des rythmes impairs, le vers de onze syllabes, dont il fera la matière de ses Romances sans paroles. Baudelaire lui consacre une étude et la donne pour une âme supérieure.

L'œuvre poétique va d'Élégies, Marie et romances (1819) aux Poésies inédites, publiées après sa mort en 1860, en passant par les Poésies de 1830, Les Pleurs (1833), Pauvres fleurs (1839) et Bouquets et prières (1843). Elle écrit aussi de la prose — L'Atelier d'un peintre (1833), Violette (1839), Huit femmes (1845) — et des livres pour les enfants, dont Le Livre des mères et des enfants (1840).

Elle meurt à Paris le 23 juillet 1859 et repose au cimetière de Montmartre. Petit Poème réunit 342 de ses poèmes, d'Élégies, Marie et romances (1819) aux Poésies inédites parues après sa mort, en passant par Les Pleurs (1833) et Bouquets et prières (1843), son dernier livre — « Les Roses de Saadi » comprise.