Reprends ton bien

Marceline Desbordes-Valmore

Romances — 1830

Quand l'amitié tremblante T'abandonna mon sort, Que ta main bienfaisante Me sauva de la mort, Pour la reconnaissance Je pris l'amour, Et, moins que ta présence, J'aimai le jour. Mais ma timide flamme Fait naître ta pitié. Est-ce assez pour mon âme D'une froide amitié ? Vainement l'espérance M'a au guérir, Si ton indifférence Me fait mourir ! Contre un sort invincible Je ne veux plus m'armer ! Viens me rendre insensible, Si tu ne peux m'aimer. De mon âme asservie Romps le lien ; En reprenant ma vie, Reprends ton bien !