Veillée

Marceline Desbordes-Valmore

Bouquets et prières — 1843

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile Ne scintille en hiver aux vitres des maisons ; Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons, Et que la lune marche à travers un long voile, Ô Vierge ! ô ma lumière ! en regardant les cieux, Mon cœur qui croit en vous voit rayonner vos yeux ! Non ! tout n’est pas malheur sur la terre flottante : Agité sans repos par la mer inconstante, Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir, Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir. Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile, Avant de regagner sa patrie éternelle ; Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus, Se regardent, disant : D’où sommes-nous venus ? Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière, Tous portent le rayon de divine lumière, Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ; Mais je me dis encor : Non, tout n’est pas malheur !