L’Enfant béni

Marceline Desbordes-Valmore

Bouquets et prières — 1843

Puisque la Vierge vous défend, Je vais là-bas, mon doux enfant, Vous chercher des choses jolies, Des fuseaux, des perles polies, Qu’on donne aux anges d’ici-bas ; Vous en aurez ; ne criez pas. Laissez couver le feu qui dort ; Jouez loin de ses rayons d’or : Il consumerait vos dentelles Et vous, nos espérances belles ! Le feu ne doit pas se toucher : Il ne vient que trop nous chercher. En prière il faut vous tenir, Pour m’entendre au loin revenir. Gardez-vous d’ouvrir à personne, Aussi fort que la cloche sonne ; Quand même ce serait le roi, N’ouvrez qu’à Dieu, n’ouvrez qu’à moi ! Enfant, puisque Dieu vous bénit, Et verse du blé sur le nid, À présent tout rit sur la terre ; Car, dans un doux coin solitaire, Un fruit mûr, un peu de froment, Font tourner la terre gaîment ! La Vierge aime à suivre des yeux, L’âme qu’elle a nourrie aux cieux ; Et quand votre mère est sortie, Près de l’Enfant-Jésus blottie, Vous n’avez qu’à bien écouter : Votre âme l’entendra chanter !