L’Attente (Quand je ne te vois pas, le temps m’accable ; et l’heure)

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

Quand je ne te vois pas, le temps m’accable ; et l’heure A je ne sais quel poids impossible à porter : Je sens languir mon cœur, qui cherche à me quitter ; Et ma tête se penche, et je souffre et je pleure. Quand ta voix saisissante atteint mon souvenir, Je tressaille, j’écoute… et j’espère immobile ; Et l’on dirait que Dieu touche un roseau débile ; Et moi, tout moi répond : Dieu ! faites-le venir ! Quand sur tes traits charmans j’arrête ma pensée, Tous mes traits sont empreints de crainte et de bonheur ; J’ai froid dans mes cheveux ; ma vie est oppressée, Et ton nom, tout à coup, s’échappe de mon cœur. Quand c’est toi-même, enfin ! quand j’ai cessé d’attendre, Tremblante, je me sauve en te tendant les bras ; Je n’ose te parler, et j’ai peur de t’entendre ; Mais tu cherches mon ame, et toi seul l’obtiendras ! Suis-je une sœur tardive à tes vœux accordée ? Es-tu l’ombre promise à mes timides pas ? Mais je me sens frémir. Moi, ta sœur ! quelle idée ! Toi, mon frère !… ô terreur ! Dis que tu ne l’es pas !