Une Ondine

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

L’onde murmure, la vague s’élève. La sirène l’attire par ses paroles ; elle le charme par ses chants. Reine de ces collines vertes, Du sein des vagues entr’ouvertes Une jeune ondine apparaît. La rivière est amoureuse, Enfant ! n’y viens pas le soir ; Près d’Angèle la peureuse Va plutôt rire et t’asseoir. Si l’eau jalouse en soupire, Ferme l’oreille à sa voix ; Car elle roule un empire Doux et mortel à la fois. Chaque soir, ses bras humides Attirent quelque imprudent Qui, sous ses perles liquides, Vient plonger son cœur ardent : Un miroir à la surface Sourit, trempé de fraîcheur ; Le pied glisse ; l’onde efface Le sourire et le plongeur ! Et la vierge fiancée Pleure au pied de l’élément Qui, dans la couche glacée, Berce à jamais son amant, Cet amant, dont sa jeune ame Croit entendre les sanglots Murmurer : « Venez, ma femme, Dormir aussi sous les flots. » Par le doux pater d’Angèle, Par ses yeux fervens d’amour. Par la croix ! par la chapelle Qui doit vous unir un jour, Enfant ! l’onde est molle et pure ; Mais elle a soif de nos pleurs ; La rive ombreuse est plus sûre ; N’en dépasse pas les fleurs !