L’Adieu tout bas

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

Quoi ! chanter ! quand l’amour, quand la douleur déchire, Chanter, la mort dans l’ame, et les pleurs dans les yeux Autant que moi-même, En quittant ces lieux, Cherchez qui vous aime Et vous plaise mieux ! Éloignez la flamme Qui nourrit mes pleurs, Car je n’ai qu’une ame Pour tant de douleurs ! La raison regarde À trop d’amitié ; J’en pris, par mégarde, Plus de la moitié ! Dormez à ma plainte, Quand j’écris tout bas Ces mots que ma crainte N’exhalera pas ! La femme qui pleure Trahit son pouvoir ; Il faut qu’elle meure Sans le laisser voir ! Quand le cœur sommeille, Frappé de langueur, Ce n’est pas l’oreille Qui comprend un cœur. Il est un langage Appris par les yeux ; Nos yeux, page à page, Y trouvent les cieux ! C’est un livre d’ange, Quand on est aimé ; Si l’un des deux change, Le livre est fermé !