L'exilé

Marceline Desbordes-Valmore

Romances — 1830

« Oui, je le sais, voilà des fleurs, Des vallons, des ruisseaux, des prés et des feuillages ; Mais une onde plus pure et de plus verts ombrages Enchantent ma pensée, et me coûtent des pleurs ! Oui, je le vois, ces frais zéphyrs Caresssent en jouant les naïves bergères ; Mais d'un zéphyr plus doux les haleines légères Attirent loin de moi mon âme et mes soupirs ! Ah ! je le sens ! c'est que mon cœur Las d'envier ces bois, ces fleurs, cette prairie, Demande, en gémissant, des fleurs à ma patrie ! Ici rien n'est à moi, si ce n'est ma douleur. » Triste exilé, voilà ton sort ! La plainte de l'écho m'a révélé ta peine. Comme un oiseau captif, tu chantes dans ta chaîne ; Comme un oiseau blessé, j'y joins un cri de mort ! Goûte l'espoir silencieux ! Tu reverras un jour le sol qui te rappelle ; Mais rien ne doit changer ma douleur éternelle : Mon exil est le monde... et mon espoir aux cieux.