La vie et la mort du Ramier

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

Hélas ! Nous n’avons pas juré de vivre ensemble, Mais nous avons promis de nous aimer toujours ! De la colombe au bois c’est le ramier fidèle ; S’il vole sans repos, c’est qu’il vole auprès d’elle ; Il ne peut s’appuyer qu’au nid de ses amours, Car des ailes de feu l’y réchauffent toujours ! Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble ; Leur vie est un fil d’or qu’un nœud secret assemble, Il traverse le monde et ce qu’il fait souffrir : Ne le déliez pas ! vous les feriez mourir. Ils ne veulent à deux qu’un peu d’air, un peu d’ombre ; Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur ; Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre, Pour s’entre-aider à vivre, ou cacher leur bonheur ! Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage Cette blanche moitié de la colombe aux bois, N’allez pas croire au moins que l’un d’eux soit volage ; Bien qu’ils aiment toujours, ils n’aiment qu’une fois ! Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues, Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux, Et vous y trouverez quatre ailes détendues Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux !