La Page Blanche

Marceline Desbordes-Valmore

Bouquets et prières — 1843

Ondine ! prends cette page, Dans ton livre vierge encor ; Ta plume éloquente et sage Peut m’y verser un trésor. Sur sa blancheur que j’envie Ton âme se répandra, Et du trouble de ma vie, Un jour me consolera. Seule en mon sentier mobile, Au vaisseau navigateur, Sous la lumière tranquille, D’un jeune astre protecteur, J’écrirai de mon voyage, Les écueils et les ennuis, Et tu sauras, dans l’orage, Quelle étoile je poursuis ! Chère ! adieu. Ce mot d’alarme, Que vient d’essayer ma main, Ce mot trempé d’une larme Ouvre mon triste chemin !… Mais ton regard qui m’écoute Ne veut pas répondre adieu ; Étends-le donc sur ma route, Comme un doux rayon de feu !