La mère à sa fille

Marceline Desbordes-Valmore

Le Livre des mères et des enfants — 1840

C’est beau la vie Belle pour toi, De toi suivie Toi devant moi ! C’est beau, ma fille, Ce coin d’azur, Qui rit et brille, Sous ton front pur ! C’est beau ton âge, D’ange et d’enfant, Voile, ou nuage Qui te défend Des folles ames, Qui font souffrir ; Des tristes flammes, Qui font mourir. Dieu fit tes charmes Dieu veut ton cœur ; Tes jours sans larmes, Tes nuits sans peur : Mon jeune lierre, Monte après moi ! Dans ta prière, Enferme-toi. C’est beau, petite, L’humble chemin, Où je ne quitte Jamais ta main : Car, dans l’espace, Aux prosternés, Une voix passe, Qui dit : « venez ! Tout mal sommeille Pour ta candeur, Tu n’as d’oreille, Que dans ton cœur Quel temps ? quelle heure ? Tu n’en sais rien : Mais que je pleure ; Tu l’entends bien !