L’Enfant abandonné

Marceline Desbordes-Valmore

Bouquets et prières — 1843

Ah ! mon père ! mon père ! où retrouver mon père ? Cette chambre, où j’ai peur, serait pleine avec lui ; Son enfant, qu’on effraie aurait un doux appui ; Il dirait ; taisez-vous, à qui me désespère : Ah ! mon père ! mon père ! où retrouver mon père ? Dieu dit toujours, un jour ! et jamais aujourd’hui ! Un enfant ne sait pas comme la vie est grande, Et longue ! et froide ! et sourde à ses cris superflus ; Quelle terreur attend ses pas irrésolus ; Ce qu’il donne d’amour avant qu’on le lui rende ! Un enfant ne sait pas comme la vie est grande : Si mon père vivait, je ne le saurais plus ! Vous ne laisseriez pas votre enfant dans la foule, Vos bras m’enfermeraient : vos bras étaient si doux ! Et le sommeil aussi ; car on dort avec vous, Mon père ! et sans sommeil toute ma nuit s’écoule : Vous ne laisseriez pas votre enfant dans la foule, Ni longtemps, ni tout seul, votre enfant à genoux ! Sous mon pauvre oreiller j’ai caché vos prières ; Ce livre vous parlait : je l’ouvre quand j’ai peur ; Vos mains l’ont tant tenu qu’il est chaud sur mon cœur ; C’est comme une aile d’ange entre eux et mes paupières : Sous mon pauvre oreiller j’ai caché vos prières, Et je les apprendrai pour plaire au Créateur !