Les Ailes d’ange

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

Vous aussi, vous m’avez trompée, Avec vos traits d’ange et vos pleurs ; Sous le charme de vos douleurs, Mon ame reste enveloppée. De vos jours long-temps accablés, J’écartai les ombres cruelles ; Mais l’air pur fait frémir vos ailes, Bel ange ! et vous vous envolez. Quand vos ailes alors tremblantes Viennent se reposer sur moi ; Quand, à travers un peu d’effroi, J’accueillis vos peines brûlantes ; Entre vous et les cieux troublés J’étendis mes deux mains fidèles ; Sur mon cœur j’ai séché vos ailes, Bel ange ! et vous vous envolez. Saviez-vous qu’une voix plaintive Pût toucher un cœur à la mort ? Étiez-vous triste du remord D’y rendre ma vie attentive ? Où fuir, hélas ! quand vous parlez De pleurs, d’amitiés éternelles ? J’écoutais ; j’oubliais vos ailes, Bel ange ! et vous vous envolez. Charmez votre exil sur la terre, Sous d’autres cieux, par d’autres fleurs ; Allez ! Dieu comptera vos pleurs Au fond d’une ame solitaire : Peut-être un jour vous reviendrez Y cacher des douleurs nouvelles : Mais vous aurez toujours des ailes ; Toujours vous vous envolerez.