Une Place pour Deux

Marceline Desbordes-Valmore

Bouquets et prières — 1843

Entends-tu l’orage, Que j’entends toujours, Lorsqu’un long voyage Sépare nos jours ? Des chaînes fidèles Ont rivé mes pas : Prends toutes tes ailes ; Moi je n’en ai pas. Au seuil arrêtée Sous le pied du temps, Fidèle et quittée, J’espère… j’attends ! Toute âme épuisée, Pour se soutenir Sur sa croix brisée Vit dans l’avenir : L’avenir, la vie, Le monde, le jour, Le ciel que j’envie, C’est toi, mon amour. Va donc ! car Dieu même, Contraire aux méchans, Pour l’oiseau qu’il aime Fit la clé des champs. Des méchans ! que dis-je : Dieu l’a donc prévu ? Ce triste prodige, Nous l’avons donc vu ? Leur souffle me glace ; Va vite loin d’eux, Nous faire une place Où l’on tienne deux !