Les trois Barques de Moore

Marceline Desbordes-Valmore

Les Pleurs — 1833

At morne, beside yon summer sea, Young hope and love reclined; But scarce had noon-tide, when he Into his bark leap’d smilingly, And left poor hope behind. Sur les bords d’une source où fermente la vie, L’espérance et l’amour se penchaient en riant : La source était limpide, et l’amour prit envie De se livrer sans guide au rapide courant. L’espérance sur la rive, S’arrêta toute pensive. Ma voile, dit l’amour, a besoin de s’étendre Sur les flots scintillans d’écume et de clarté ! Et son regard d’adieu se prolongea si tendre, Qu’elle dit : au revoir ! avec sécurité. Hélas ! la jeune espérance Ne connaissait pas l’absence ! Son repos dura peu. Triste, errante, peureuse, Jusqu’à l’heure où le soir descendant sur les eaux, Elle chercha des yeux la barque aventureuse ; Et sa main sur le sable envahi par les flots Traça le nom qu’elle adore : Et l’eau l’effaçait encore ! Une voile apparaît enfin ! le vent l’apporte ; La crédule immortelle a cessé de gémir. Mais quoi ! c’est l’opulence et sa froide cohorte. Dans sa nacelle d’or elle semble dormir : Oh ! celle où l’amour voyage, Illumine davantage ! Une autre voile encor s’enfle plus gracieuse ; C’est l’amitié paisible au milieu du torrent : La lueur de sa lampe est calme et radieuse ; Mais l’amour !… ah ! l’amour brûlait en éclairant ! D’où vient donc que sa lumière Ne revient pas la première ? Sur les monts, sur les bois, sur l’eau, sur le rivage, La nuit jette sa chaîne et ses pavots pesans ; Chaque voile s’endort sous un pâle nuage ; Des larmes ont noyé les songes séduisans : L’amour laissa passer l’heure ; Il ne vient plus quand on pleure !